dimanche 24 août 2008

Souvenirs 1 - A la sortie de l'école

Sous la douche me reviennent des souvenirs d'enfance, de sortie d'école. Les mères sont "presque" sur leur trente-et-un, elles sont maquillées, ont travaillé leur coiffure, ont sorti chemises et vestes aux couleurs chatoyantes pour récupérer leurs marmots. Ma mère arrive; Jean-Baskets et T-shirt, les paupières au naturel, les lèvres roses mais sans artifice ... l'élégance n'est pas là où on l'attend. Et pas seulement parce qu'on ne peut pas dire que le bon goût soit omniprésent à la sortie de l'école rurale. L'incarnation de la liberté, l'anticonformisme comme idéal; c'est décidé, plus tard, je ferai pareil. Quand elle sort de la voiture, je l'admire. Elle se fiche éperdument de ce que les rombières pourraient penser (en tout cas, c'est ce qu'elle montre). Dès les premières sorties d'écoles, maquillage excessif cache-misère, discussions de basse-cour entre tenues chamarrées, je trouverai ça "nul" (ce que l'on a de plus fort comme mot à 5 ans pour manifester notre réprobation).

Même sans être physiquement dans la cours de récré, Maman impressionne. Alors que pour effrayer leurs tyrans, les gosses rivalisent d'imagination : "mon père est policier d'abord!"; "et le mien il est champion de l'univers de karaté!"; je n'ai pas besoin de mentir. Un simple "si tu m'embêtes, j'apelle ma maman!" suffit à faire fuir mon agresseur. Ils connaissent tous le phénomène, ils savent qu'elle n'a pas peur, ni des bonnes moeurs, ni du qu'en dira-t-on : on ne touche pas à ses enfants; POINT!

Mais c'est bien au-delà, je n'en suis pas fière parce qu'elle peut faire peur aux sales mioches, ni parce qu'elle illumine en Jeans Ober le troupeau des mères à la sortie d'école mais parce que le 1er avril de mon année de CP, elle a coincé un poisson d'avril sous les essuies-glaces de mon maître. A ce moment, dans ma tête d'enfant de 6 ans, ce poisson incarnait la dérision mais bien plus loin, la liberté! Avec ma mère, la différence est érigée sur un piédestale; il faut savoir la valoriser, la défendre, la consolider, la bichonner ... l'altérité comme idéal de vie! Ce mode de pensée m'a sauvé; même si l'Education Nationale a fait son oeuvre par la suite, s'est acharné à bien lisser les angles.


Au modèle Jean-Basket comme totem de l'anticonformisme, au(x) poisson(s) d'avril, aux menaces de cour de récré, à nos rêves d'enfants, à la liberté!

2 commentaires:

Berezina a dit…

joli hommage à ta maman ^^

Anonyme a dit…

Ta mère c'est tout un poème :) je me rappelle que quand je suis venue habiter chez vous, elle m'a appris des mouvements d'auto défense parce que j'allais devoir déambuler en ville toute seule. Comme elle dit "un bon coup dans l'arête du nez ça pisse le sang et ça te laisse le temps de t'enfuir". Certainement Tata, d'ailleurs, j'te crois sur parole, j'ai pas eu l'occasion de vérifier!!
C'est sûr qu'elle en impose Tata Brigitte (d'ailleurs elle a aussi toujours a-do-ré qu'on l'appelle Tata :P)