mercredi 19 novembre 2008

Le miracle de la vie

Mon cycle de garde en salle d'accouchement s'achève; au-delà de l'appréhension initiale, j'en garderai un "miraculeux" souvenir.

Je fais partie de ceux qui se moquent, gentiment bien entendu, des personnes s'extasiant devant une naissance, le "miracle de la vie" comme ils disent avec les yeux pétillants, essayant courageusement mais en vain de nous rallier à leur cause. Car pour moi, jusqu'à cette confrontation, une naissance c'était évidemment l'arrivée d'un petit être, fruit de l'amour de 2 autres (quoique à ce propos, on n'est pas toujours dans un conte de fées) mais surtout de la douleur, du sang, de la chair malmenée, étirée, déchirée, de la peau frippée, recouverte d'un étrange enduit blanchâtre, un petit visage grimaçant; rien de "miraculeux" dans tout ça. Mais voilà, à ma première césarienne, je me suis laissée prendre. Je suis parcourue d'une étrange sensation; pas de chaleur ni de sueur, pas de sensation de tête vide, non, ce n'est pas un malaise vagal ... mes yeux sont humides, des larmes ?! J'ai du mal à y croire, là, devant ce bébé né par césarienne, loin de l'image d'Epinal habituelle, je suis prête à verser ma petite larme. Moi, la refractaire à toute forme d'attendrissement face à une naissance, je suis en train de craquer ! J'oublie le côté purement médical, mécanique de la chose; c'est un cri que j'entends, le premier cri d'une petite fille de 4 kg 330 et je fonds.

J'ai poursuivi mon immersion dans ce bouillon émotionnel : césariennes et accouchements par voie basse, filles ou garçons, petites crevettes et gros bébés, bien à l'heure ou prématurés, bien vigoureux ou aux débuts dans la vie plus difficiles ... Hommes et femmes m'ont laissé m'immiscer dans cette intimité, ils ont pu surprendre mes yeux écarquillés, et mon sourire béat caché derrière mon masque. Tout se mélange en ce moment crucial; l'inquiétude et l'euphorie, le désespoir et le courage, la colère et la joie, la douleur et le bonheur, les cris et les pleurs.Les futurs papas m'ont particulièrement touchée, leurs émotions sont explosives, ils ont l'air de petits garçons, fragiles, un peu perdus face à l'intensité de l'évènement et ... heureux.

Peut-être ai-je été particulièrement sensible en ma qualité de future mère potentielle ? En tout cas, tout ça pour moi, c'est pour dans bien bien longtemps ...

Aucun commentaire: